il y avait du nouveau. quelque chose était changé dans la conduite de la guerre . il n'y avait pas un mois que nous étions à Tilloloy, en train de nous refaire et de reconstituer le régiment après la saignée du printemps ( les états majors apppelaient ça curieusement " l'offensive du printemps" ), que les bruits les plus fantastiques se mirent à circuler et que tous les hommes se mirent à parler depermission . c'est ce loustic de Viel qui écrivait " ... il parait que le G.Q.G. fait circuler des trains derrière les lignes pour tromper le boche d'en face. tâchez d'en profiter . il y a des wagons-lits. mais ce qui est sûr, c'est que vous allez bientôt venir en perme. tâchezde radiner par ici. dis aux copains qu'il y a de la fesse et que tous les soirs je joue de la mandoline avec une joile marraine de guerre. je ne manque de rien . elle me donne des sous et bien d'autres friandises. amenez vous ... " Viel nous écrivait de Nice oû il avait été évacué ni pour maladie ni pour blessure, mais à la suite d'une vieille flemme .

 

Blaise Cendrars . La main coupée.