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Georges Mazou
12 mars 2026

Les miettes

Dans l'oeil du blanc-cochon

 

Noire et profonde

la nuit

celle du sud

saturée de l'éveil interminable

des grillons et grenouilles

la nuit étrangère

que l'on dirait habiter de fantômes

 

On entend plus la mer

les alizés se sont tûs

 

Au delà

lourdement

l'ébène du monde

la honte indigeste d'aujourd'hui

que l'on porte en soi

 

Puis vient un autre jour

forcement

la douceur du vent matinal

hamac

si ce n'est pas le paradis

s'en est banlieue proche

 

Et passe la jeune femme

abritée du soleil

sous son grand parapluie vert Lacoste

elle est jolie

altière

vêtue de teintes bleues

son sac coloré en bandoulière bat la mesure

sur la jupe courte

droit devant elle

trace

sur la petite route défoncée

s'en va peut-être en carnaval

 

L'heure du déjeuner

au grand cabanon bord de plage

des femmes créoles

devant le plat sauce diable

caquètent bruyamment

comme à leur habitude

elles sont chez elles

endimanchées

breloques de sortie

elles ressemblent aux femmes américaines 

des années soixante

le savent-elles ?

aussi compassées aussi figées

derrières leurs grandes lunettes

on croit poindre

comme une vieille affiche de cinéma

la bêtise en sautoir qui s'ignore

des classes surannées d l'histoire

 

parfois tout se couvre

de grisâtres

les horizons sont flous

plus de soleil peu de lumières

un grand nuage de sable venu d'ailleurs

envahit les espaces

et la vie d'ici

la mer mauvaise et sale

recouvre le peu de plage

on ne voit plus le ciel

 

Ici on ne dit pas travail au noir

on dit travail informel

ce pays comme d'autres

porte ses a

mbiguités difficiles

comme nécessités

 

Ici les nuits sont incertaines

mais on se lève tôt avec le jour

souvent

se sont les samourais

qui réveillent en fanfare

les encore aux lits

ils viennent

en groupes

besogneux

harnachés

prendre d'assaut jardins et fossés

dans le vacarme poussièreux

de leurs débrousailleuses de batailles

 

Ce pendant

que le crabe en rampant

sort des vases spongieuses

de dessous les palétuviers

on voudrait tant pouvoir s'arrêter

à la blancheur merveille

du frangipanier.

 

( Remire mars 2026 )

 

 

 

 

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Georges Mazou
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